Novembre
1009-novembre 2009… mille ans d’histoire !
Ouverture du Millénaire
de Saint Martin du Canigou
15 novembre 2008
Homélie de Monseigneur
André MARCEAU
L’aplec de Saint Martin
nous inscrit dans cette dynamique missionnaire qui a marqué la
terre du Roussillon.
Notre diocèse vient de terminer un synode. Nous nous sommes données
un projet d’évangélisation pour les années à venir.
Nous
exprimons notre volonté de poursuivre l’œuvre de nos
pères dans la foi : continuer à tracer le sillon de l’Evangile.
Porter l’Evangile, c’est porter la présence de celui qui
est la Bonne Nouvelle de Dieu pour les hommes, Jésus Christ, et qui
propose toujours aux hommes de faire de leur vie un chemin de Bonne Nouvelle.
Par lui, Dieu a dit en actes sa tendresse et son amour pour la terre et pour
les hommes. Jésus en a posé les signes.
Par lui, Dieu appelle chacune et chacun, tel Zachée ou la Samaritaine, à accueillir
sa présence qui est source de bonheur parce qu’appel à la
vérité de la vie.
Par lui, Dieu se donne à voir. Il est l’image visible (icône)
du Dieu invisible.
Contempler le visage du Christ, tel qu’il est donné à connaître
dans les Ecritures, c’est contempler le visage de Dieu parmi les hommes.
Ainsi, par lui, Jésus, tout homme peut devenir un familier du Père.
« Qui me voit, voit le Père »
Par lui, Jésus, Dieu s’est fait marcheur sur les routes des hommes.
Pèlerin du Père, l’homme d’Emmaüs, s’est
fait le pain des pèlerins en route.
Ils signifiaient ainsi que finalement c’est
Dieu qui est le dernier mot de l’homme, son sens ultime.
Aujourd’hui comme il y a 1000 ans, cette histoire de Dieu est toujours
incarnation. Et ce lieu, Saint Martin du Canigou, à sa manière,
dit une Présence. Il est lieu d’Epiphanie.
Cette implantation est l’œuvre d’un homme. Il y a 1000 ans,
le comte Guilfred voulait se retirer du monde. Son père Oliba Cabreta
l’avait fait au Montcassin. Ils signifiaient ainsi que finalement
c’est Dieu qui est le dernier mot de l’homme, son sens ultime et
non le pouvoir, les honneurs, la guerre. Il attestait qu’au cœur
de l’homme, le désir le plus profond et qui peut seul le combler,
c’est le désir de Dieu, la quête de Dieu.
Le fondateur et les moines qui ont successivement habité et donné sens
et vie à ces lieux escarpés et sauvages ont voulu témoigner
de cette radicalité d’un choix pour Dieu.
La Montagne, dans la Bible, est le lieu de la manifestation de Dieu : Moïse
et le Mont Sinaï, Elie au Carmel. Jésus au Mont des béatitudes
lancera son message de bonheur.
Cette implantation monastique de Saint Martin du
Canigou est évocatrice
de cette longue histoire des chercheurs de Dieu, de celles et ceux qui se sont
laissés habiter de sa Présence pour en témoigner par leurs
choix radicaux par rapport aux modes de vie habituels. Cela se traduit par
la solitude choisie, la rusticité des locaux, la difficulté d’accès
du lieu, les conditions climatiques parfois rudes, une vie des communauté selon
la règle de saint Benoît, l’obéissance à Dieu
passant par la vie fraternelle avec ses joies et ses limites.
Cela se traduit encore par une vie toute entière donnée à Dieu
dans le choix de la chasteté, la disponibilité du cœur,
du corps et de l’esprit pour se laisser habiter par cette présence
de Dieu et témoigner qu’elle remplit une vie.
L’aventure de ces hommes qui ont planté la croix à la place
des anciens autels est toujours et encore le défi de la vie chrétienne,
de la vie baptismale. Ces témoins sont Parole de Dieu. Par eux, Dieu
nous rejoint sur nos chemins de vie et nous questionne.
Deux témoins sont présents au cœur de cet aplec : saint
Martin et saint Gaudérique.
Que nous dit Martin que nous fêtons aujourd’hui ?
Martin le catéchumène qui, baptisé, remit en cause son
métier : porter les armes : « je suis devenu soldat du Christ ».
La croix devenait sa seule arme.
La foi interroge-t-elle nos manières de vivre, l’exercice de nos
professions, nos engagements dans la société et pour des jeunes
entre-t-elle dans le choix d’une profession ?
Martin et l’évènement d’Amiens qui marqua à jamais
son choix de vie pauvre et pour les pauvres.
Est-ce une réalité pour nous que de maîtriser nos modes
de vie dans une société de consommation et de vivre la cohérence
de notre foi avec le souci des « pauvres d’aujourd’hui » ?
Saurons-nous rejoindre nos contemporains
pour témoigner que l’Evangile est
source de sens et de bonheur pour tout homme ?
En cette Journée Nationale du Secours Catholique, l’enfant sur
l’affiche de la campagne nous dit : « je compte sur toi ».
Martin, inlassablement, par l’enseignement et la prédication,
partage sa foi.
Le combat contre l’hérésie arienne en est une illustration
et une exigence.
Avons-nous à cœur de cultiver note foi, de la former suffisamment,
de la rendre intelligente pour en témoigner ?
Martin, dit-on, au cours de ses missions détruisait les statues des
divinités païennes et leurs temples.
Où sont nos idoles et nos faux dieux aujourd’hui ? Benoit XVI à Paris
invitait les jeunes à détruire les idoles, ce qui empêche
de reconnaître que le Christ est le seul et le vrai Sauveur. Chacun a
les siennes, en concurrence avec l’attachement au Christ. Qu’est-ce
que je mets à la première place ? L’idole est un leurre,
disait-il, elle détourne de la réalité (avenir, argent
pouvoir).
Martin, enfin, le bâtisseur d’églises dans les campagnes.
Aujourd’hui, saurons-nous habiter et faire vivre nos églises et
au-delà du bâtiment, nos communautés chrétiennes,
communautés de pierres vivantes ?
Saurons-nous, comme le synode nous y invite, montrer et manifester la vitalité de
notre foi en renouvellant notre présence au monde, ici, et la vie de
nos communautés ?
Nous sommes l’Eglise du Christ, dressée au cœur du monde,
de notre société, de nos villages et des quartiers de la ville.
La saveur de l’Evangile est toujours à dire avec force et audace
: « vous êtes le sel de la terre ». Il ne faut pas avoir
peur de se brûler pour porter la lumière du monde : « la
lumière est venue dans le monde », c’est le Christ.
Saurons-nous relever, comme Martin au 4ème siècle, le défi
de l’évangélisation, c’est-à-dire saurons-nous
rejoindre nos contemporains pour témoigner que l’Evangile est
source de sens et de bonheur pour tout homme ?
Evangéliser, c’est changer la
vie au nom du Christ.
Cela passe par l’accueil en nos églises à travers les sacrements
donnés et autres propositions, mais aussi par le témoignage dans
la vie de tous les jours : travail, loisirs, engagements divers…évangéliser,
c’est dire notre bonheur d’être au Christ.
Il est
- le Chemin menant vers le Père et les hommes les uns vers les autres
- La Vérité de l’homme et celle de Dieu
- La Vie : marcher avec Lui, c’est marcher dans sa lumière.
Si Martin est encore Parole vivante pour nous, sommes-nous à notre tour
parole pour ceux que nous fréquentons à travers le témoignage
de nos vies, de celui de l’Eglise, en nos communautés ?
Si Dieu parle par des témoins, nos communautés sont-elles appels à accueillir
l’Evangile ? Donnent-elles un visage d’amour à l’Eglise
?
Martin, hier, nous aujourd’hui.
Ensemble aujourd’hui, nous sommes pèlerins appelés à raviver
notre quête de Dieu.
« Marcher à la suite du Christ ensemble ».
Martin a privilégié cet « ensemble » en fondant une
communauté monastique à Marmoutiers. La communauté est
le lieu où l’on se retrouve pour partager la prière, la
lecture de la Parole, la vie et vivre ensemble au cœur du travail en commun
(et de) la célébration du Mystère de l’amour de
Dieu en Jésus Christ
Etre ensemble ne veut pas dire communauté fermée mais ouverte
et accueillante.
Nos communautés ne sont pas monastiques, mais seulement chrétiennes
; mais l’exigence du « vivre ensemble » est la même.
Cela nous interroge-t-il ?
Voici l’histoire dont nous sommes héritiers.
Porteuse de l’annonce de son Seigneur, l’Eglise vit toujours au
présent sur les chemins de l’histoire et des hommes.
Aujourd’hui, en ce lieu, nous sommes ce peuple de pèlerins marqué par
cette histoire qui n’est pas révolue.
Ce lieu témoigne d’une expérience de Dieu : Il est Appel.
Il est des moments aussi qui nous redonnent conscience de quel peuple nous
sommes.
Aujourd’hui, comme hier, nous sommes Peuple de Dieu au service du monde
pour la gloire de Dieu.